._______ Des rires près de moi. Réveil difficile. Des rayons de soleil m'arrivaient au niveau des yeux, se faufilant par le milieu des deux rideaux. J'avais affreusement mal à la tête. Sûrement à cause de la catastrophique soirée que j'avais passée la veille. Je clignai une nouvelle fois des yeux, essayant de reconnaître la pièce où j'étais allongée. La salle de bain. Exactement dans la baignoire. J'avais passé la nuit entière dans la baignoire. Je regardai autour de moi pour faire état des lieux et vit une bouteille de champagne vide, posée près du lavabo. Je me releva un peu et m'aperçut que j'étais seulement en boxer noir et soutient-gorge de même couleur. La dose que j'avais pris hier, m'avait fait plus de dégâts que je ne l'imaginais. Je ne me souvenais d'absolument rien à partir du moment où j'étais rentrée dans ma suite. C'était le trou noir, le vide, le néant. Seulement des brides d'images me revenaient, mais pas assez pour recontistuer toute ma pitoyable fin de soirée. Je me relevai un peu et comme un coup de massue m'arriva sur le haut du crâne. Mon Dieu, ce que ça faisait mal. La gueule de bois était comme une seconde nature pour moi, mais ce n'était jamais agréable.
_______ J'essayai de sortir de la baignoire sans faire trop de dégâts. Je passais ma jambe timidement par dessus le rebord de la baignoire. Ma tête se mit à tourner et je dus me rattraper au lavabo avant de perdre l'équilibre et de risquer la chute. Remise de mes émotions, je pus enfin me regarder dans le miroir de la salle de bain. Action que je regrettais de suite en voyant l'ampleur des dégâts. Une épaisse traînée de noir s'étalait de mes yeux au milieu de mes joues. Mon rouge à lèvres avait débordés au dessus de mes lèvres, sur mon menton et sur mes dents et mes cheveux ne ressemblait absolument à rien mis en pétard comme ils l'étaient. Je soupirai devant l'ampleur du désastre et me dirigeai directement dans ma chambre pour aller chercher des vêtements propres que je pourrais enfiler après une bonne douche et un efficace cachet d'aspirine. J'avais choisi de porter quelque chose de simple pour aujourd'hui. Je devais me rendre quelque part. Un lieu très important pour moi mais que j'avais toujours du mal à affronter. J'avais pris cette décision. Je devais surmonter mes peurs. Je devais faire le point avec moi-même et je savais que cet endroit pouvait m'aider. Je choisis une tenue simple, qui n'en perdait pas moins son style : un jean boyfriend, un tee-shirt loose gris, quelques colliers dorés autour de mon cou, une veste officier, et pour parfaire le tout un sac noir boule. Sans oublier mes ballerines noires. Je me dirigeais vers la salle de bain pour prendre une douche froide qui me remettrait sûrement les idées en place. En arrivant dans la salle de bain, je remarquai qu'une photo de ma mère était posée à côté de la bouteille de champagne. Je ne l'avais pas vu toute à l'heure. Sans la regarder une fois de plus, je la fourrai dans le sac le plus proche. La regarder plus longtemps n'aurait servi à rien. Cela m'aurait obligé à faire face à mon passé et à toute ses désillusions que je cherchais à fuir depuis des années.
_______ Je resserrai le col de ma veste noire autour de mon cou. Il faisait froid. Très froid. A l'extérieur comme à l'intérieur de mon coeur. Le froid qui vous traverse le corps et qui glace vos os, qui vous bousille les poumons et congèle votre poitrine. C'est ce même froid glacial qui me figeait devant cette grande porte noire. Elle était dorénavant la seule barrière, le seul obstacle à franchir avant de me retrouver en face d'elle. En face de sa dépouille. Mes pensées se bousculaient dans ma tête. Tout se mélangeait. Je me demandais inlassablement si le choix que j'avais fait en venant ici avait été le bon, si je ne faisais pas une erreur que je pourrais, par la suite, regretter. Je me posais si souvent la question de ma réaction lorsque je verrais son nom gravé dans le marbre. Aileen Jones. Maman et épouse. Le clocher vibra sous le son assourdissant des cloches de l'église. Il était temps que j'arrive à surpasser ma peur, que je trouve enfin le courage nécessaire d'affronter mes cauchemars. Je fis un pas en avant et me stoppa. Malgré la volonté d'entrer dans ce cimetière que me criait mon coeur, ma tête me disait exactement le contraire. Fuir. Voilà tout ce que je savais faire face à mes angoisses. Je ne trouvais désespérément pas la volonté de me battre. Des paroles de chansons refirent surface dans mon esprit.
I will not make the same mistakes that you did.
I will not let myself cause my heart so much misery. I will not break the way you did.
_______ Il fallait que j'aille lui crier ma tristesse, il fallait que j'aille lui cracher la douleur que j'ai ressentie pendant toutes ces secondes. Me surpasser était le plus important. Le désespoir s'effacerait-il enfin ? Pourrais-je enfin avoir une existence normale, sans m'auto-détruire ? C'est avec ses tonnes de questions en tête que je fis le premier pas qui me rapprocha d'elle et déclencha en même temps la cascade de larmes sur mes joues. Des centaines de plaques de marbres étaient alignés devant mes yeux. J'y étais. J'avais enfin réussi à entrer dans ce foutu cimetière. J'arrivais enfin devant cette plaque. Cette plaque si particulière à mes yeux. Ma mère. Rien qu'à l'idée que je puisse être là, devant elle, après tant d'années d'absence, me coupait la respiration. Me promettre de ne plus pleurer était une erreur. Le poids s'envolait petit à petit, ma conscience se soulageait légèrement. Je me mis juste en face de son nom. Aileen Jones. Droite, les yeux rivés sur cette tombe, je pleurais toutes les larmes de mon corps. Une seule goutte d'eau tomba sur la pierre tombale. Il pleuvait. Un jour pluvieux pour une triste rencontre. Je pris mon sac entre les mains et sortis une chaîne en or où était accroché une étoile portant son nom. Je la serrai entre mes mains, comme pour lui montrer que j'étais avec elle, que j'étais présente après tant d'année. Oui, j'étais devant elle mais aucun mot n'arrivait à dépasser la commissure de mes lèvres. J'avais tellement redouté ce moment. J'avais plusieurs fois coucher des phrases sur le papier, préparer des centaines de discours, mais malgré tous mes efforts, rien ne me revenait en mémoire. J'étais stressée, figée. Comme morte. Les yeux rivés sur sa tombe, je sortis quelques syllabes incompréhensible avant de refermer ma bouche. J'essayais tant bien que mal de remettre mes idées dans l'ordre. Mon rythme cardiaque s'accéléra, mes mains se mirent à trembler. C'est chancelante que je pris une grande respiration et surmonta la douleur au coeur de ma poitrine.
_______ - Bonjour Maman... Je ne sais pas trop par où commencer. J'ai tellement de chose à te dire. Je... J'ai réalisé mon rêve. Ca y est, j'ai réussi à défiler pour les plus grands créateurs, à faire les plus belles photos. J'aurais tellement voulu que tu me voies, que tu sois fière de moi. J'aurais voulu que tu puisses me dire ce que tu ressentais en me voyant sur un podiums. Tu me manques, Maman. Tu sais, quand tu venais juste de mourrir, j'étais petite, innocente. Je ne savais pas trop ce qui allait se passer par la suite... Je ne savais pas vraiment ce qu'était la mort puisque je n'avais connu que la vie... Quand Papa, m'a dit que tu avais été rejoindre les anges, je pensais que tu allais revenir, que tu ne m'avais pas quitté définitivement. Que c'était juste un voyage à cause de tous tes problèmes... Presque tous les soirs, je te voyais rentrer, ne tenant même plus sur tes jambes. La drogue te causait tellement de soucis. Elle faisait tellement de degâts sur ton joli visage. Je n'avais pas très bien compris ce qui t'arrivais à cette époque la, mais intérieurement, je m'étais promis de te redonner le sourire... J'avais envie de te voir heureuse avec moi, qu'on forme de nouveau une famille unie et heureuse. Mais c'est seulement quand je t'ai vu dans cette caisse en bois, ce cercueil, que j'ai compris que c'était fini... Tu étais partie pour de bon et jamais, plus jamais j'allais pouvoir sentir ton odeur, me réfugier dans tes bras quand j'aurais peur. Il n'y avait personne sur qui je pouvais compter, en qui je pouvais avoir entièrement confiance. Tu m'as laissé toute seule... Ils m'ont tous laissés de toute façon. Après ta mort, Papa ne voulait pas se rendre sur ta tombe lui aussi, parce qu'il avait peur, peur de voir la réalité, peur de te sentir emprisonnée entre quatre planches de bois... Il s'est enfermé tout seul dans son travail. Si tu savais, combien de nuit, j'ai prié pour que tu revienne. J'avais perdu une mère et j'étais entrain de perdre mon père. Je me retrouvais sans défense, sans personne pour me protéger... C'est...
_______ Je m'arrêta un moment, le temps de reprendre quelque peu ma respiration. Les larmes continuaient de couler, sans arrêt. J'étais entrain de dévoiler tout ce que j'avais sur la conscience. J'étais entrain de me confier, chose que je n'avais pas faite depuis longtemps. Pour une fois, je faisais tomber ma garde. Même si elle n'était pas là, je la sentais, je sentais sa présence autour de moi. C'était plutôt déstabilisant. J'avais l'impression qu'elle était juste à mes côtés, qu'elle comprenait ma douleur. Je lui parlais et je savais qu'elle m'écoutait de là où elle était.
_______ - Ecoutes, je sais que j'aurais du venir te voir plus tôt. Mais je sais pas ce qui m'empêchait de me déplacer jusqu'ici. Peut-être la peur de me retrouver devant ta tombe et ne pas savoir quoi dire. Je ne sais pas si je trouverais de nouveau la force pour revenir ici, revoir tout ça. J'espère sincèrement que tu pourras me la donner. Veille sur moi et protège moi de là où tu es comme tu l'as toujours fait, je le sais. J'aimerais tellement que tu puisses revenir et me prendre dans tes bras, que le temps s'arrête. Retourner en enfance et retrouver mon insouciance. Fuir tout ce monde destructeur. Avoir quelqu'un à qui parler.
_______ Un souffle de vent s'engouffra dans mon manteau, caressant mon cou, avant de finir dans une cascade de frissons le long de ma colonne vertébrale. Elle me rassurait, elle m'aimait. Je souris, malgré les larmes qui continuait à rouler sur mon visage formant sur leur passage des traînées de maquillage.
_______ - Tu me manques. Vraiment. finis-je dans un murmure.
_______ Sur ces derniers mots, je quittai le cimetière, trempée de la tête aux pieds mais le coeur léger. Cet entretien solitaire plus que particulier m'avait fait du bien. Il m'avait permis de me ressourcer un peu. Cette tombe était presque ma seule famille, pour ainsi dire. Mon père, je ne savais jamais où il était. Paris, Milan, Madrid... Il voyageait tellement que je le voyais que deux jours dans l'année. Mon anniversaire et Noël. Et ça se limitait à ça. Mais on peut dire que son absence ne me manquait pas beaucoup. Il avait été tellement distant depuis la mort de ma mère avec moi, que je m'y était presque habituée. Il me disait souvent qu'à travers moi, il la voyait elle quelques années avant. C'est ce qui avait, peu à peu, creusé le fossé entre nous.
_______ Seule dans un taxi, je regardais le paysage défiler sous mes yeux. La ville grandiose qu'était New-York. J'étais heureuse de vivre ici, malgré la vie que j'y menais. Cette ville avait, mlagré nombreux aspects négatifs, beaucoup de côtés positifs aussi. Rien que la beauté en elle même de ses rues. J'aimais m'y promener, seule. L'hiver surtout avec la neige qui jonchait les trottoirs. Simplement magnificent.
_______ J'eus subitement envie d'aller faire les magasins. Un peu de shopping me remonterait peut-être un peu le moral. Je dis au chauffeur de faire demi-tour et je lui indiquais l'adresse du magasin où j'avais l'habitude d'aller. Situé sur une grande avenue de New-York, c'était un endroit stratégique pour trouver tout ce qui était à la mode, tout ce qui était « in ». Quelques minutes seulement nous suffirent pour faire le trajet. Le chauffeur sortit en premier, ouvrit ma porte et me protégea de la pluie à l'aide d'un parapluie. Il m'accompagna jusqu'au bout et je pus enfin rentrer dans la boutique sans être mouillée plus que je ne l'étais déjà. Dès que je fus parvenue dans la boutique et que le bruits de mes pas résonnèrent sur le carrelage blanc cassé, les vendeuses se précipitèrent sur moi pour me débarrasser de mes affaires. J'étais connue, c'était ça l'avantage. Je dépensais des milliers de dollars dans des robes, des tailleurs, des jupes, des pantalons, des vestes alors pour eux, j'étais une cliente précieuse qu'il ne fallait absolument pas perdre. Et pour ne pas me faire déserter la boutique, il fallait me combler, me choyer.
_______ - Mademoiselle Jones ! Quel plaisir de vous voir ! Que recherchez vous aujourd'hui ? me demanda-t-elle seulement quelques seconde après que je sois rentrée.
_______ - J'aimerais trouver une robe de gala. Une robe ni trop exubérante, ni trop cachée non plus. Je veux que ce soit simple et élégant à la fois. Noire, comme d'habitude.
_______ - Oh ! Je comprends ce que vous voulez dire... Nous venons de recevoir la nouvelle collection. Je vais vous présenter plusieurs modèles. Vous me direz ce que vous en pensez. Si vous aimez, ou non.
_______ - D'accord, je patiente dans le salon. répondis-je, m'asseyant sur un des fauteuils mis à disposition dans la pièce.
_______ La vendeuse me fit un sourire radieux mais hypocrite. Ici, j'avais la réputation d'être très difficile. Je voulais toujours la plus belle robe, la meilleure tenue qui n'est jamais existé. Et pour ça, j'étais assez exigente. Je regardais chaque détail, chaque couture, chaque motif, chaque perle. Ce que j'achetais ne devait avoir aucun défaut. Alors que la vendeuse revint avec trois robes plus belle les unes que les autres sous le bras, la sonette de la porte retentit. Je ne me retournai pas, aucunement intéressée par l'identité de la personne. C'est seulement quand j'entendis une voix suave et mélodique que mon coeur faillit imploser dans ma poitrine.
.E. J.
Pain of Love ♥
- Vous avez un nouveau message de l'auteur:
_______Saloute lecteurs, lectrices :) J'ai modifié quelques petits passages de ce chapitre. A qui veut le relire, le fasse. Les grandes lignes sont restés mais j'ai modifié l'expression, les sentiments, les sensations, quelques petits détails quoi. En espérant que vous appréciez redécouvrir mon histoire. ♥